
Je suis un preneur de vues. Je suis un regard qui divague tout autour de moi. De plus en plus mon œil se laisse flatter par le détail. Je scrute, j’observe et je transforme en photographie. Je marche les yeux en l’air, séduit par l’architecture de la ville, les bâtiments, un angle de toit qui se découpe dans le ciel, une lumière, la silhouette d’un réverbère. Je m’attarde devant une peinture qui s’écaille, une affiche qui s’arrache, un trou qui se forme sur la chaussée, une herbe qui pousse, un soleil qui se couche, un tas de détritus, une ombre.
Pendant quelques temps, j’ai photographié chaque jour, à la même place, une étagère dans la cuisine, celle où nous rangeons les épices, le sel, le poivre, les pâtes, les pains au lait. Et cette étagère qui semblait figée est devenue vivante, animée. Chaque jours les divers objets qui la constituaient se déplaçaient pour utilisation jusqu’à la table et revenaient mais ne reprenaient pas exactement la même place à leur retour.
J’ai eu le projet plus jeune de passer chaque semaine dans un photomaton et de photographier ma pomme pour voir sur elle le temps qui passe. J’ai abandonné l’idée, je n’avais peut-être pas envie de me voir vieillir… Je cherche le mouvement là où il n’est pas forcément visible, mes yeux trouvent de l’intérêt dans pleins de petites choses à priori anodines.
Quand mes enfants vont prendre leur bain, ils emportent avec eux leurs jouets, des pots, des figurines, des poupées, des bateaux, pleins de récipients. Une fois leur toilette terminée, l’eau évacuée, je passe faire un tour dans la salle de bain et contemple le tableau offert au fond de la baignoire… J’y trouve souvent des poupées contorsionnistes au regard langoureux, couvertes de mousse séchée, figées dans des poses impossibles, sans vie.

Salut Eric, je suis allee voir la serie des photos de bain sur ton site et je les trouve vraiment interessantes! La serie est forte.
RépondreSupprimerbises
Je pense que la force de ces scènes provient du contraste entre les moments de jeux animés et l'abandon final, où tout est inerte, sans vie... c'est souvent très surprenant, comme après un raz de marée, un bombardement... et pourtant on entend encore des rires lointains, proches, avant, après...
RépondreSupprimerA très bientôt Michele!